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Raisonner sa consommation de viande, un premier (grand) pas de l'individu pour le collectif et l’avenir

Le 22 septembre 2017

Je constate depuis quelques années que le débat autour de la consommation de viande fait irruption durant les dîners de façon quasiment systématique. Et je suis stupéfaite de voir à quel point cela déclenche les passions. Chacun y allant de ses arguments pour justifier sa consommation régulière de viande ou sa totale abstention.

Ce problème de société est bien installé dans le débat social et médiatique et commence à s’inscrire dans les consciences. Rares sont ceux qui peuvent nier le fait qu’un grave problème se pose. Même le plus gros mangeur de viande, malgré des arguments parfois cocasses pour se justifier, sait, ou du moins ressent, que sa chère habitude gastronomique n’est plus en phase avec le monde.

Avoir conscience mais rester à distance du problème ne suffit plus.

La question centrale et morale de la souffrance animale ne pourrait être écartée du débat et je tiens à revenir sur ce sujet dans un prochain article (c’est même le fond de la question).
Mais balayons cet aspect de la question d’un coup de formule simpliste trop fréquemment entendue : “Avant de nous préoccuper du sort des animaux, commençons déjà par les humains” ; qui permet d’alléger la charge de mauvaise conscience pour se uniquement recentrer sur le soi. Si même alors nous nous positionons de manière exclusivement anthropocentrée, là encore pour le bien de tous, nos habitudes alimentaires sont définitivement à repenser.

De nombreux ouvrages traitent déjà cette question à coups d’arguments et de chiffres fracassants. Et je mets au défi toute personne censée à chercher des contre-arguments aussi solides que le constat alarmant qui est donné. Mais dans un soucis de rappel des faits autour de la production mondiale de viande voici quelques exemples implacables :

  • Une personne qui choisit de bannir la viande de son régime alimentaire agit plus en faveur de l’environnement qu’une personne choisissant de se passer de sa voiture.
  • Il faut entre 5 à 20 m² de terres agricoles pour produire 1kg de légumes ou de riz quand 1kg de boeuf nécessite à lui seul 320m². (1)
  • 40% de la population mondiale manque d’eau et cependant un kilo de viande de boeuf que nous consommons revient à utiliser 15 000 litres d’eau, à savoir l’équivalent de la totalité de nos douches quotidiennes pendant 1 an ! (2)

Mon but ici, n’est pas ici de militer pour le végétarisme ni de culpabiliser à tout va, mais de faire appel au le bon sens pour participer à ce mouvement contestataire qui vise à alerter sur un déséquilibre et amener vers une consommation raisonnée. Loin de moi également l’idée de tenter l’argumentaire théorique visant à prouver que l’humain n’est pas un carnivore. Nous avons les dents pour la mâcher, le système digestif pour la digérer, et nous aimons cela tout autant que les prédateurs carnivores et omnivores de cette planète.

Mais le plaisir de manger un aliment n’est-il pas décuplé alors que celui-ci serait de qualité, préparé avec soin et se ferait plus occasionnel?

Notre sentiment d’impuissance face à la réalité du monde est parfois accablant. De la pauvreté au réchauffement climatique, une action locale face à des problèmes planétaires semble désuète. Et pourtant, si nous généralisons collectivement un régime alimentaire décentré de la nourriture carnée, l’impact serait énorme et les résultats seraient bénéfiques tant pour nous que pour la planète et le reste de ses habitants.

Apprécier la viande, en misant sur sa consommation occasionnelle, diversifier son régime en découvrant les qualités gustatives et protéiques des nombreux autres aliments à notre disposition. Éduquer nos enfants dans ce sens. C’est peut-être d’abord améliorer sa santé et soulager son porte-feuille. Mais surtout, surtout, c’est prendre conscience et agir au quotidien en faveur du collectif. C’est respecter l’autre, se grandir moralement et s’inscrire dans un monde en phase avec un avenir possible et souhaitable.

(1) Pascal Picq, De Darwin à Lévi-Strauss, L’homme et la diversité en danger, Odile Jacob, 2013, p.165
(2) Frédéric Lenoir, Lettre ouverte aux animaux ( et à ceux qui les aiment ), Fayard, 2017, p.159

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