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L'antispécisme et la bulle

Le 21 mars 2018

L’exploitation animale à grande échelle est une aberration écologique et le signe extérieur d’une Humanité qui se déshumanise.

Le “mouvement de libération animale” est évidemment une réponse concrète à une société dont les individus ont acté d’une capacité de destruction sans limite sur le reste de la biodiversité. Les actions d’associations sont indispensables pour faire prendre conscience aux citoyens et aux politiques qu’un enjeu de société majeur se pose ici.


La bulle

Cependant, à lire les ouvrages de référence sur l’antispécisme et l’éthique animale, je vois apparaître un contre-sens qui me fait penser que le mouvement végan et l’idéologie antispéciste atteignent une limite. Idéologie devenue parfois insensée et absurde, miroir direct du fléau aussi démesuré et excessif qu’elle combat. Car oui l’antispécisme prône la bienveillance envers toutes les espèces, l’abolition de la mise à mort et de la consommation de tout animal. Ce refus global de la souffrance universelle est en soit est une position absolument séduisante et honorable...

Sauf que cette idéologie revient finalement à prôner l’idée contre laquelle elle était censée lutter. Replacer l'Homme comme une espèce pensante supérieure, qui par ses choix éthiques échappe désormais à cette loi naturelle et universelle qu’est de se nourrir d’un autre être vivant. C’est là une vraie contradiction, et finalement un positionnement totalement spéciste.

Car il y a confusion, la cruauté n’est pas dans l’acte de mise à mort, ni de consommation d’un être vivant par un autre. Peut-on condamner le lion qui dévore la gazelle qu’il a chassée, ou la grenouille pour la mouche qu’elle a gobbé? Pourtant ces deux victimes ont ressenti de la souffrance à ce moment là.

Tuer un animal et le faire souffrir un instant avant de le consommer n’est pas incompatible avec le fait de considérer que son intelligence et ses émotions sont comparables aux nôtres. De nombreux peuples déifiant la nature et les animaux avaient déjà cette approche, rien n’est nouveau ici.

Non, la cruauté est dans ce phénomène malsain qu’est l’exploitation animale. La cruauté se trouve dans le fait d’incarcérer et de faire souffrir un animal depuis sa naissance jusqu’à sa mort...

L’antispécisme et l’éthique animale mènent, à terme, à une séparation de l’homme avec ce qu’il a d’Être de Nature.

Il est vrai que les religions puis le siècle des Lumières ont amené à désincarner l’animal pour mieux l’exploiter, et ainsi se défaire d’une charge morale à leur encontre. Mais à l’inverse, quelle arrogance que de penser un monde dans lequel l’Homme échapperait à sa condition primale de prédation pour atteindre un état dans lequel il romprait tout contact avec la souffrance, la mise à mort et finalement la mort elle-même !

Cette vision de l’Homme dans le futur pourrait, à certains égards, se comparer aux projections d’un avenir basé sur les théories transhumanistes : un monde aseptisé, froid dans lequel l’Homme se “libèrerait” de sa condition animale pour faire front à cette angoisse de la souffrance et de la finitude des choses et donc de lui-même. Des notions pourtant intrinsèques à son appartenance au monde du vivant. Un Homme soit-disant plus évolué, mais qui finalement choisit de s’isoler dans une sorte de bulle, une humano-biosphère.

Refuser la bulle, c’est s’accorder sur un monde dans lequel un extrême n’en balayerait pas un autre. C’est repenser notre place au sein d’une biosphère globale. Le projet est ambitieux et de ne demande pas à revenir en arrière mais bien au contraire de trouver des solutions modernes adaptées à cet Homme moderne et responsable qui choisit de s’inclure au sein d’une planète finie.

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